Du visible à l’invisible : c’est ainsi que le musée du Quai Branly a sous-titré son exposition sur les chefferies du Cameroun. Si le pays est purement laïc, il compte une majorité de chrétiens (catholiques et protestants) ainsi qu’une forte minorité musulmane (25 % environ). Officiellement, il reste moins de 6 % d’animistes, mais les survivances des traditions se maintiennent fortement dans certaines parties du pays, en particulier à l’ouest dans la société bamiléké. Le parcours de l’exposition commence par expliquer l’organisation d’une chefferie dans cette région et donne à admirer l’étendue comme la diversité de ses savoir-faire.

Avant la colonisation

De nombreux royaumes ou chefferies se sont constitués avant la colonisation, entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Ils sont placés sous l’autorité d’un chef entouré d’un conseil. Le pouvoir s’exerce dans les domaines spirituel et temporel, car le chef et son conseil sont les garants des liens entre le monde des vivants et celui des ancêtres, sans lequel il n’y a pas d’harmonie possible. Tout est lié lié, ce qui se traduit dans l’architecture, l’organisation spatiale de la chefferie et de nombreux objets, en particulier ceux en métal forgé, les calebasses et sur les fresques. L’ensemble est chargé de sens.

Sociétés secrètes

L’exposition se poursuit en pénétrant davantage la complexité des structures sociales. L’omnipotence des chefs est en effet contrebalancée par les multiples sociétés secrètes qui contiennent comme un contre-pouvoir également, liée au culte des ancêtres et garantes de l’harmonie sociale. Les broderies de perles ornent les objets les plus précieux, destinés aux chefs ou aux reines et toujours confectionnés par les femmes. Certains trônes recouverts de cauris (coquillages) ou de calebasses perlées forcent l’admiration par l’imagination créatrice et la perfection de la mise en œuvre. La fin de l’exposition montre des images d’archives face à des représentations contemporaines de cérémonies qui rappellent la persistance des rites et la dimension vivante de ce patrimoine.

Sauvegarde du patrimoine

À la fin des années 1960, le gouvernement camerounais reconnaît aux chefferies un rôle d’auxiliaire administratif. Elles assistent l’État pour le maintien de l’ordre public et interviennent dans les affaires matrimoniales, celles liées aux héritages ou à la sorcellerie. Consciente de l’importance de ce rôle et désireuse de maintenir les traditions, une association, « la Route des chefferies », aide les populations à maintenir ce patrimoine vivant tout en contribuant au développement économique et social de la région. L’association est soutenue par une partie de la diaspora camerounaise en France et localement par des mécènes privés ou des communes. Elle intervient dans de nombreux domaines comme l’architecture, la muséographie, les paysages ou encore le tourisme culturel.

La collaboration entre le musée du Quai Branly et cette association est le témoignage d’un travail réussi pour la mise en valeur d’un patrimoine à la fois matériel et immatériel, ancien et toujours vivant grâce à la volonté de tous.



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