La gloire est généreuse bien qu’elle use de caprices : un jour, elle dévale d’une colline par surprise et donne à la recette improbable du veau le nom de Marengo, un autre elle roule en taxi, trente à l’heure pour sauver la baraque, un autre encore elle surgit des sables de la Cyrénaïque. Il y a quatre-vingts ans, les soldats commandés par Pierre Koenig offraient à la France Libre, « à la seule France, la vraie France, la France éternelle », sa toute première victoire : Bir Hakeim.
Au printemps 1942, conscients que les troupes de l’Axe devaient, pour les attaquer, passer par ce point stratégique, les Anglais avaient demandé au Français de tenir quatre jours à Bir Hakeim. Dans un geste héroïque décuplée par l’occasion de prendre une éclatante en revanche contre l’un des bourreaux généraux de mai 40, ils ont tenu treize jours et sont parvenus presque tous à s’échapper !

« Ancien combattant de la Grande Guerre, Koenig ordonne à tout son monde de creuser des tranchées et des abris dans le sol, de faire de ce bout de désert une place enterrée et une plate-forme à partir de laquelle harceler les forces allemandes de Rommel , chef de l’Afrikakorps depuis février 1941, et de ses alliés italiens. Les légionnaires et les marins pestent contre celui qu’ils surnomment familièrement « le vieux lapin » à cause de sa dentition pro éminente. Ils pensent qu’il veut rejouer dans le désert la guerre des tranchées qu’il a connu comme jeune aspirant. Koenig doit remonter quelques bretelles pour que le travail soit fait et bien fait… »

Celui qui nous raconte l’événement, journaliste et historien bien connu, n’est autre que Pierre Servent.

Pourquoi choisir aujourd’hui ? Parce qu’il rend hommage à l’un de ces soldats de l’ombre ayant joué, comme il arrive dans des circonstances exceptionnelles, un rôle exceptionnel.

Son nouveau livre « Les sept vies d’Adrien Conus » (Perrin, 368 p. 23 €) ne vous fera pas seulement revivre la fabuleuse épopée de la bataille de Bir Hakeim : il vous permettra de découvrir le destin plus que romanesque d’un fils d’artiste, ingénieur de génie, chasseur en Afrique devenu snipper. Au fin fond du désert, ce drôle de zèbre conçut des armes bricolées que les Alliés surnommèrent des canons de Cornu, dont l’efficacité redoutable contribua sans doute à berner les soldats de Rommel.
On ne dira jamais assez l’exploit réalisé par la France Libre à ce moment-là de la Seconde Guerre mondiale. Aux pauvres gens qui pensent encore que le patriotisme est une affaire de sang, ou bien qu’il est un joug colonial – on plaint ces croyances rétrécies tout autant qu’on les rejette– il faut rappeler que notre beau drapeau fut porté au plus haut par des soldats venus de tous les points cardinaux. Le général de Gaulle, apprenant ce que le général Koenig et ses troupes avaient accompli, en a pleuré. Voilà…
Touristes en goguettes, amoureux bercés par le métro, parisiens pressés, lorsque vous lirez le nom de Bir Hakeim à deux pas de l’antique Tour Eiffel, ayez une pensée pour cet équipage de jeunesse et de gloire.
A part quoi signalons le mardi 21 juin à 19 heures, à la Maison de la poésie, Michel Winock évoquera son journal politique, « Bienvenue au XXIème siècle » (éditions Thierry Marchaisse, 500 p. 25 €) en compagnie de la merveilleuse Michelle Perrot. Deux historiens chez les poètes ? Il n’est pas de meilleure façon de conjurer les tragédies de la vie.



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