Un jeune qui se prépare à la Confirmation dit un jour à son pasteur : « Je n’éprouve rien de spécialement beau et je n’aime pas demander les gens, donc je ne pense pas avoir la foi ». Ce à quoi le pasteur a répondu : « Qu’en sais-tu réellement ? ».

En quoi des actes sont-ils bons

Il est admis que « l’on reconnaît l’arbre à ses fruits » (Mt 12.33). L’expression biblique est même passée dans la conscience collective sous la forme d’une évaluation quasi systématique de la foi par les actes et les émotions qu’elle engendre. Les personnes qui pratiquent la bienveillance, la solidarité ou la prière seront donc plus naturellement décidés comme vivant une foi profonde. Pourtant, la question du jeune catéchumène ne se résout pas dans cette évaluation, même si elle est partagée par beaucoup dans la société. Car plusieurs questions se demandent concernant les œuvres issues de la foi. Par exemple qui peut faire la différence entre le Joli et le Beau, entre ce qui est bien et ce qui est bon ? Évaluer un fruit ou un acte est complexe, car il peut être beau et aussi toxique qu’une amanite phalloïde, la beauté pertinente alors d’une esthétique parfaite et dangereuse. Autant le joli, le bien, le goûteux adapté de catégories humaines d’appréciation, autant le Beau ou le Bon sont d’une autre nature plus spirituelle, révélant quelque chose de la vocation de l’acte. Qu’il soit beau ou bon pour quelqu’un ne veut pas dire qu’il correspond aux canons esthétiques ou aux critères de fonctionnement de ce monde. Poser une limite à quelqu’un peut être bon, sans être transmis facile à accepter.

Inverser, c’est trahir

Une autre question se pose, lorsque des personnes retournent la proposition de l’Évangile pour évaluer son contraire. On entend souvent dire jusque dans les Églises que si des actes bons désignent la foi, alors des actes mauvais impliquent l’absence de foi. C’est un peu ce que fait le catéchumène en reconnaissant que son absence de ressentiment ou d’amour implique qu’il ne croit pas. Mais il y a une question de logique : que la foi engendre des bons actes, n’implique pas que les actes mauvais désignent une absence de foi. En insultant presque Dieu dans sa souffrance, le prophète Job a vécu sans doute une foi réelle.

Se mettre en mouvement

La Bible dit l’autre a choisi. « On reconnaît l’arbre à ses fruits », et non les fruits à l’arbre. C’est donc l’arbre qui est important. Dans la société agricole de l’époque, chacun sait qu’un arbre ne peut être identifié si on ne regarde pas son écorce, ses feuilles, son fruit. La question n’est donc pas de critiquer l’arbre sous prétexte que ses fruits ne seraient pas conformes à ce qu’on en attend, mais d’identifier cet arbre.

Lorsque Luther ou Calvin désignent l’être humain comme pécheur, il signale que nul être ne peut porter de bon fruit par lui-même, qu’il vive ou non la foi. Identifier l’arbre, c’est identifier à travers les actes de quelles maladies ou blocages ils sont porteurs. Et finalement quelle parole annoncer à l’être humain qui les accomplit, pour qu’il vive sous la grâce et que de bons fruits apparaissent. Il s’agit ici de dépasser les constats et de remettre l’humain en mouvement. Cela se fait par la question constamment renouvelée : est-ce que mes actes se traduisent bien ma foi ?

Dire que la foi n’existe pas parce que les actes ne semblent pas bons ou peu développés, ce serait nier la réalité humaine. Dans les faits, nul ne peut dire qui a ou non la foi. La réponse du pasteur au catéchumène est peut-être la seule possible : « qu’en sais-tu réellement ? ».



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